L'oiseau qui ne connaît pas l'hiver. Deux fois par an, il traverse la planète d'un pôle à l'autre pour rester dans la lumière.
Une silhouette de 100 grammes, des ailes étroites, une queue fourchue comme une hirondelle de mer : la sterne arctique est l'animal qui voit le plus de jour au monde.
Elle niche en juin sur les côtes de l'Arctique, là où le soleil ne se couche pas. Quand la lumière décline, elle part vers le sud et rejoint la banquise antarctique au moment où l'été austral s'installe. Deux étés par an, aucun hiver.
Le trajet ne suit pas une ligne droite. Les balises posées sur les oiseaux ont révélé un long S au-dessus de l'Atlantique : descente au large de l'Afrique, escale dans les eaux riches du milieu de l'océan, remontée portée par les vents dominants. Environ 90 000 kilomètres par an, pour un oiseau qui tient dans une main.
Au sol, c'est une autre affaire. La colonie est bruyante, dense, et défend son territoire en piqué contre tout ce qui approche — renard, goéland, marcheur distrait.
Sterna paradisaea, Pontoppidan, 1763
Le suivi par balises miniatures a redessiné la carte de cette migration. L'oiseau quitte l'Arctique en juillet, longe l'Afrique ou le Brésil, atteint la banquise antarctique en décembre, puis remonte au printemps en un large S porté par les vents.
Les jeunes volent depuis quelques semaines. La colonie se vide en quelques jours.
Un mois d'arrêt au large, sur des zones de remontée d'eaux froides riches en poissons.
Elle pêche au bord de la banquise, dans un jour permanent, jusqu'au retour en avril.
Le réchauffement des eaux de surface déplace les bancs de lançons et de petits poissons dont dépendent les poussins.
Les nids sont posés à même le sol, à quelques mètres de l'eau : une submersion suffit à faire échouer une saison entière.
Rats et visons introduits sur les îlots, goélands, et fréquentation humaine des plages en pleine période de nidification.